Hot! Aicha A. Ba présente Sira and Bandeerabe

Aicha A. Ba présente Sira and Bandeerabe

 

J’ai rencontré Aicha à The Hub Dakar il y’a quelques semaines de çà. La créatrice de la marque Sira And Bandeerabe exposait dans cet espace au Point E, les produits de sa dernière collection, « I’m Every women ». Quelques jours plus tard, en début d’après midi, cette fois au cœur de la Boite à Idée, je la recevais autour d’un lait de concombre pour une interview Wakh’Art.

 

 

Comment tu te définis ?

«  Je suis un produit de deux cultures, la culture Peulh/Sénégalaise et la culture occidentale parce que je suis née et j’ai grandit en France. J’ai toujours essayé de ne pas faire de compromis, de représenter et d’assumer mes deux cultures.

Je suis très polyvalente, je suis avant tout préoccupée par les questions de développement. Je travaille surtout sur les questions de protections des femmes et des enfants. C’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. Ma marque est née de ce désir d’avoir un impact sur le développement de mon pays, le Sénégal et du continent Africain en général.  L’idée c’est qu’à travers le vêtement que je conçois, les tissus que j’utilise je participe à promouvoir et valoriser ma culture, chose qui a trop souvent été négligée ou pris en otage par d’autres cultures.  

 

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D’où t’es venu cette envie ?

« C’était plus une passion à la base. J’ai toujours eu une fibre artistique que j’ai voulu exploiter même si je viens d’une famille de scientifique. J’aimais beaucoup la mode et à un moment, j’ai décidé d’exprimer ma fibre artistique à travers ce médium. J’étais très fantaisiste au début, je prenais beaucoup de risque et je voulais que cela se matérialise à ma façon, que mes vêtements me ressemble.

Il faut dire aussi que ma mère était dans le milieu. Elle a vraiment utilisé la mode comme moyen d’émancipation. Ma mère est ma première source d’inspiration, d’ailleurs ma marque porte son nom. Sira c’est son prénom et Bandeerabe  veut dire « famille ou esprit familial ». Ma mère est une femme très forte. Elle a fait de grosses études, à la fin de celles-ci, elle s’est mariée, a eu son premier enfant et n’a pas pu engager la carrière qu’elle souhaitait (elle nous le rappelle d’ailleurs tous le jours). Elle a toujours eu ces petits business indépendants. En particulier,  elle travaillait avec sa couturière, une de ses promotionnaires à Dakar et vendait de grands boubous magnifiques en France. Avec toutes ces occupations elle a toujours su nous offrir des conditions de vie extraordinaires en insistant particulièrement sur la qualité de nos études.

Je me suis dit que ce serait une chose plutôt bien adaptée pour moi. Je travaille dans le développement mais ce n’est pas dans ce secteur que je compte me faire de l’argent, je me suis dit que ce serait bien, d’être indépendante et d’avoir moi aussi mes business à coté de mon métier et puis la mode c’est une de mes passions donc j’avais envie de pouvoir m’épanouir dans quelque chose qui me plait. »

 

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Ne penses tu pas qu’à un moment donné, tu risques d’être scindé entre tes deux passions ?

«  On me l’a toujours dit, mais non, je me suis dit que je pouvais faire des concessions sur plein d’autres choses. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait pendant plusieurs années. J’ai fait des concessions sur ma vie sociale, je poursuivais mes études, je travaillais sur ma marque dans le même temps et j’étais aussi hôtesse d’accueil. J’étais fatiguée mais j’y suis très bien arrivée pendant trois ans. J’ai besoin d’avoir ces deux aspects là dans ma vie, je pense que c’est mon équilibre, c’est ca qui définit mes ambitions et ma ligne de mire par rapport à mes objectifs. Ma marque de vêtement intègre complètement les questions de développement. Je travaille autour du pagne tissé avec des artisans sénégalais. Il y’a un potentiel extraordinaire et complètement sous exploité. Le pagne tissé fait partie de notre patrimoine. J’ai découverts ce tissu avec ma Grand-mère. C’est un tissu noble et malheureusement c’est un  héritage dont on ne prend pas assez soin. A l’époque, on offrait et utilisait les pagnes pour les grandes occasions comme les mariages, les baptêmes ou même les décès. Je ne sais pas si notre génération continuera d’intégrer ce très beau tissu dans notre quotidien, car il y’a de moins en moins de tisserands, et il sera de plus en plus difficile de transmettre ce savoir-faire. Le mien est décédé il y’a quelques mois, il était très âgé. J’ai eu des difficultés à trouver de nouveaux fabricants… »

 

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Tu n’as pas peur qu’en te spécialisant dans ce type de matière première, tu es plus de concurrence ?

« Non, parce que c’est une matière première locale. Tu fais ton pagne avec ton tisserand, donc il y’a quelque chose d’unique dans le procédé. Tu peux choisir ton fils, tes motifs, retracer l’histoire de ton pagne. La manière de l’exploiter aussi est différente. Je travaille avec des pagnes d’Ethiopie, d’Ouganda, du Mali etc. Les tissages et fils sont différents et je pense qu’il y’a beaucoup de potentiel à exploiter. »

Sira and Bandeerabe.

« J’ai commencé à dessiner en 2013, à acheter des tissus, je travaillais avec le réseau de couturier de ma famille. J’ai fait quelques prototypes que j’ai commencé à porter. Les gens aimaient bien et ils ont commencé à m’en commander. C’est de là que c’est partie. Ma production était au Sénégal et je vendais en France. Mon motto c’est Made in Africa, Thanks to Africa. L’idée c’est vraiment que la production soit aussi africaine que possible. Ma marque insiste sur cette idée de « give back to Africa », lorsque j’ai créé S&B, l’un des objectifs principaux était d’avoir un impact réel aussi bien sur la représentation de notre culture qu’un impact sur notre tissu économique fragile. Une de mes grandes sources d’inspiration, la créatrice haïtienne et italienne Stella Jean, met énormément en avant ce concept de « counter-colonisation and multiculturalism » et je pense que c’est un concept clé dans la vision de ma marque. Aujourd’hui, on exploite beaucoup le concept de African fashion tout en produisant en Asie et en important des tissus des Pays-Bas ou de Chine. Je pense que les secteurs de la mode et de l’artisanat peuvent être porteurs et c’est aussi à nous de valoriser ces aspects la. On vit dans un monde où on sature de la consommation de masse et on essaye de se responsabiliser en achetant des produits de meilleur qualité, plus éthiques, qui ne mettent pas en danger les gens qui contribuent à les produire. C’est ce que Sira & Bandeerabe essaye aussi d’offrir, la possibilité d’acheter des vêtements qui ont un message à faire passer et qui supporte les populations locales.

 

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En 2015, au Luxembourg, l’association Likaba faisant la promotion de la culture africaine, participait au Festival des Migrations et de la Citoyenneté. Ils m’ont invité à présenter mes créations. C’était une belle opportunité pour moi, j’ai rencontré ma première cliente, qui a su verbaliser ce que j’avais envie de dire derrière ma marque. C’est une capverdienne et elle m’a présenté d’autres clientes,et de fil en aiguille j’ai développé un certain public puis j’ai pu, plus tard, faire des ventes privées, qui ont bien marché. Entre 2015 et 2016, j’ai eu l’occasion d’organiser deux défilés à Luxembourg.  D’autres clients ont commencé à me contacter par la suite j’ai fait mon premier défilé à Bruxelles, dans le cadre d’un évènement caritatif pour l’hôpital Kivu dans l’Est du Congo avec le Dr Mukwege, l’Homme qui répare les femmes. Je sentais que mon produit commençait à prendre de la maturité. J’ai commencé à être plus technique, j’ai appris à me perfectionner, à améliorer la qualité du produit, du merchandising etc. Ensuite je suis allée à Londres pour faire un masters en Développement International. C’était très intensif mais j’ai pu collaboré avec des acteurs locaux, j’ai pu notamment faire un super défilé  grâce au réseau Hillsong Community dans un manor house à Trafalgar Square. J’ai pas mal d’autres collaborations prévues en Europe mais j’ai quand même envie de développer ma marque au Sénégal. De retour à Dakar, j’ai rencontré une clientèle très intéressante et férue de produits conçus localement tout en ayant une touche assez moderne et cosmopolite. En Aout 2017, j’ai décidé de rentrer à Dakar de faire mon évènement au Hub début Mars. Je suis heureuse d’avoir réussi à fidéliser ma clientèle. Elle se compose de toute la diaspora afro-caribéenne »

 

Comment vois-tu l’année 2018 ?

«  J’aimerais donner plus de visibilité à mon travail, mes projets et travailler d’avantage sur les concepts. Je sens que les choses vont aller en s’améliorant notamment depuis que la communication de ma marque est prise en  charge par House of Jouvence. Ce serait formidable de pouvoir présenter mon travail à la Fashion Week de Dakar ou de collaborer avec les jardins Mode et beauté de Chana. Il y’a une dynamique intéressante autour de la mode à Dakar avec des créateurs talentueux et visionnaires qui apportent beaucoup à leur pays. J’ai encore beaucoup à offrir, les idées foisonnent et il y a un tel potentiel que je pense que beaucoup de choses peuvent encore être faites.  Dans le cadre du projet I am Every Woman, J’ai envie de célébrer ma clientèle, car elle représente tous les types de femmes et je pense que toutes peuvent s’identifier à mes vêtements. J’espère que je pourrais davantage développer mon produit, offrir de meilleurs conditions à mes couturiers et à mes artisans et consolider ma structure. Il y a encore beaucoup de travail et il y en aura toujours.»

Si tu étais un vêtement, tu aurais été quoi ?

«  Une robe ! Une robe bien cintrée en haut et bien évasée en bas. Je trouve que c’est ce qui met le plus en valeur la taille féminine. Je trouve que la taille est l’un des meilleurs atouts de la femme. J’aime que les robes donnent une allure majestueuse. »

 

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Retrouver Sira and Beneerabe sur :  

Instagram : @sirandbande

Facebook : Sira & Bandeerabe

Site internet : www.sirabandeerabe.com

 

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