Hot! Laurence Gavron

Laurence Gavron

 

J’ai croisé Laurence Gavron à différentes reprises durant les trois dernières années, notamment à  quelques expositions. Je connaissais Laurence de nom, en effet,  réputée pour son travail de photographe, d’écrivain et de réalisatrice. Cependant, je connaissais peu ses réalisations. Bien décidée à en savoir plus, je l’invitais à la boite à idées, notre antre culturelle, le temps d’un après midi pour une interview pour la plateforme culturelle.

 

 

Comment te définis-tu ? Qui est Laurence Gavron ?

Laurence se définit en général comme une cinéaste, une documentariste, et un écrivain. « Franco-sénégalais, plutôt que Sénégalo-française, parce que je suis quand même française au départ. En gros c’est ça quoi, donc artiste effectivement. » Son premier métier c’est de faire des films, c’est ce qu’elle connait de mieux.  « J’ai commencé à écrire des livres… Je suis un peu écrivain, un peu photographe aussi. Mais mon principal métier c’est le cinéma… Là, j’essaye de faire un film de fiction. »

Faire un film de fiction, c’est un projet difficile à monter, un peu casse gueule, mais à son âge, autant essayer,  Laurence n’a rien à perdre. « J’ai envie de changer un peu, j’ai  fait beaucoup de films documentaires de manière artisanale et j’avais envie de faire autre chose. Un peu comme l’aboutissement logique et évidante d’un parcours de vie. »  Son idée est de faire un long métrage à partir de Hivernage, son dernier bouquin. Laurence a trouvé un producteur et non des moindres, Moctar Ba. Le producteur de Dakar Trottoir. Ensemble, ils cherchent un producteur français pour cofinancer le film et chercher d’autres financements. Si ca ne marche pas au moins j’aurais essayé.

A la question, combien de temps faut-il pour réaliser un projet de ce type, Laurence me répond : « Ca peu prendre très longtemps. Moi, ca fait déjà trois ans, que j’ai lancé le processus. J’avais envoyé Boy Dakar à Moctar, que je connais depuis très longtemps. On avait bossé ensemble il y’a plus de vingt ans maintenant. Et il m’avait dit : « pourquoi pas Hivernage ? » Qui venait à peine de sortir. Un jour il m’appelle, et me dis après l’avoir lu le bouquin à deux reprises, que le projet l’intéressait, qu’il voulait travailler dessus avec Léandre. A ce moment là, je me suis entendu dire, ah non, j’aimerais bien le réaliser moi même. Je suis très reconnaissante à Moctar parce que tout de suite il m’a dit : «  il n’ya aucun problème, tu es tout à fait légitime. » Donc on est partis là-dessus.le première muture du scénario a été écrite par Pape Tall, puis on a pris une personne extérieure,: Serge Le Péron. Moctar a accepté, et là, il vient à Dkar terminer le scénario avec moi.»

 

 

Pourquoi avoir choisi ces médiums là ? Pourquoi ces va et vients entre l’écriture, le cinéma ?

« Le cinéma c’était un peu une évidence. Petite,  j’allais à Paris voir des films avec mon papa. Je voulais devenir caméraman alors que je ne savais pas ce que cela voulait dire, ensuite, j’ai voulu être comédienne. Après le bac, j’ai pris des cours, je me suis rendu compte que je préférais être derrière la caméra. » Laurence était une vraie cinéphile. Elle commence peu à peu à écrire sur le cinéma et fait pas mal de journalisme. Bientôt elle travaille sur l’émission Cinéma Cinémas pour la chaine française Antenne 2. D’abord assistante puis journaliste, en parfaite anglophone, elle interviewait les stars hollywoodiennes de passage à Paris (et sur place aux USA), elle réalise très vite ses propres sujets.  « C’était une évidence… »

Son premier livre est un essai sur Cassavetes. Très jeune Laurence va le voir à Los Angeles, ou elle reste un mois et écrit sur le réalisateur alors peu connu. Une dizaine d’année plus tard on lui demande d’écrire un livre sur lui. Avec son ami Denis Lenoir, Chef Opérateur, ils écrivent sur Cassavetes un essai : John Cassavetes, Rivages/Cinéma.

Quelques années plus tard, alors que Laurence était sur le scénario Marabouts d’ficelle, elle le présente à  l’un de ses amis Jean Bernard Pouy, romancier, qui siégeait au fonds d’aide aux films à Arte.  Le romancier lui proposa de changer le scénario et d’en faire un livre. C’est donc dans la collection Velours, aux Editions Baleine, que Laurence sort en 2000 son premier roman, Marabouts d’Ficelle. Ce livre lui donne confiance, après son installation à Dakar, en 2001, elle a l’envie d’écrire un roman policier, dont l’intrigue se passerait à Dakar. C’est quatre années plus tard, durant l’éte 2005, qu’elle écrit Boy Dakar. « C’était l’état de grâce, ca venait tous seul. Je l’ai senti ! J’avais des amis à qui je le faisais lire. C’était assez encourageant. Mais il y’avait beaucoup de choses, en été, je suis allée à Podor, à l’Auberge Guillaume Foy, et pendant une semaine j’ai enlevé des trucs, corrigé etc. Juste après, je suis retournée à Paris où  j’ai fait lire mon manuscrit à Hélène Bihéry, des Editions Le Masque. » A la rentrée Hélène décide de le publier. Nous sommes en 2008. Très vite Laurence se remet à l’écriture. Elle prépare Hivernage, qu’elle écrit relativement vite. Le livre sort en septembre 2009, chez le même éditeur.

Aujourd’hui, Laurence travaille sur son troisième roman policier. « C’est une trilogie, c’est toujours le même flic. L’histoire se passe cette fois ci entre New York et le Nord du Sénégal. J’en suis à la page quatre vingt. Je bloque un peu, je suis assez en retard sur mon contrat. Mais je suis à un croisement là. Il faut que l’action prenne le dessus. Faut que ca bouge !» 

J’écoutais Laurence avec une espèce de fascination et une grande curiosité. Elle me donnait envie d’essayer. J’expliquais à Laurence ma peur de l’écriture. Elle me dit : « Mais tu sais c’était pareil pour moi. Je me suis permis de le faire. Même pour la photo, je me suis permis de le faire. C’est le Sénégal qui m’a inspirée. Je ne faisais plus du tout de photo en France. Je pense qu’elle a cet amour du Sénégal, et cette curiosité, la découverte. » Laurence Gavron s’est installée au Sénégal à l’âge de 46 ans. Elle avait un vécu ailleurs. « Je crois que c’est un peu ca, voir des choses que tous ne voient pas… » Le regard est différent, peu être que si elle était restée en France, elle n’aurait jamais fait de livres. Pour ses photos c’est pareil, c’était un peu par hasard. Lors d’un séjour dans le Saloum, elle photographie des Femmes qui travaillent le Sel. C’est ce premier travail qu’elle expose. Ensuite en allant dans le Djolof, elle fait des photos sur les Peuls. Plus tard, elle s’intéresse aux champs de coton.  Travail pour la Sodefitex qu’elle exposa à Gorée, l’année dernière. « Je ne cherche pas. Ce n’est pas vraiment mon métier. Il faut que j’aie une idée, un coup de foudre… »

 

 

Est-ce que tu ressens la nouvelle vague  culturelle ? Est ce qu’il y’a un changement depuis ces dix derniers années?

« Y’a plein de gens que je ne connais pas. Avant je connaissais tous le monde. J’étais partout, je connaissais tous les musiciens, tous les artistes de la place. Avec l’âge, tu te calmes un peu, je sors moins. Donc je ne connais pas bien cette scène. Là j’ai découvert un peintre sous verre, a qui je prête une petite pièce chez moi. Faly Sene Sow.Il est très bien, il est bosseur, il a du talent. J’essaye quand même de faire quelque  chose. Je reçois les mails donc je suis au courant. Donc oui, effectivement, j’ai l’impression qu’il se passe beaucoup de choses. Mais je vois aussi qu’il y’a beaucoup de problème. Est-ce que les gens achètent un peu plus d’art africain? Il n’y a pas beaucoup de subventions. Ce n’est pas évidant. Trop peu d’infrastructures… Je ne sais pas s’il faut jeter la pierre. Il y’a aussi d’autres priorités. C’est difficile quoi. En plus c’est la crise. Le Sénégal a toujours été très vivant d’un point de vue artistique. Quand tu vas dans la sous région, ca n’a rien à voir… Ici, il y’a foison d’artistes.»

Ses coups de cœur : « Camara Gueye, Solly Cissé, Souleymane Keita. Djibril Sy, Touré Mandé Mory. Ils sont ouverts à l’autre à l’ailleurs. C’est des gens qui connaissent le monde, autant qu’ils connaissent leur culture. Souleymane Faye, Orchestra BaobabTakeifa»

Un conseil pour la génération qui arrive ?

« Même si c’est dur, si tu as vraiment un truc formidable, ca marchera d’une manière ou d’une autre. Faut être bosseur et croire en soi. Plus ca va, plus c’est dur.  Mais même en Europe. Il faut s’accrocher. Y’a pas grand-chose d’autres à dire. Il faut aussi avoir l’humilité d’apprendre. On apprend en lisant, en regardant des films. Parfois les gens ne sont pas très cultivés ici, les artistes. Ca c’est dommage. Je pense que ca aide de savoir qu’on n‘est pas seul. Il faut voir ce qui existe. Sans copier évidement. S’ouvrir.

Si tu étais une Couleur ?  

« Rouge, parce que c’est ma couleur préféré. Je suis une fonceuse, des fois c’est bien, des fois moins. »

 

 

Ses œuvres :

Marabouts d’ficelle :

Madeleine est astrologue, elle a toujours aimé les étoiles.

Elle aime les hommes, aussi.

Elle aime Etienne, son mari officiel, avec qui elle vit, normal, quoi.

Mais elle aime aussi Malick, un Sénégalais, épousé chez le marabout.

Moins normal ?

Pourquoi n’y aurait-il que les hommes qui aient droit à la polygamie ?

Une femme juive qui a deux maris, un catholique athée, et un musulman polygame, pourquoi pas ?

La polyandrie, revendiquée par Madeleine, risque de ne pas être acceptée par tous…

 

Boy Dakar :

Mayekoor, un Boy Dakar typique, tombe sous la coupe du marabout mouride Serigne Mustapha Koddu et se convertit à l’Islam.

Sa soeœur et sa petite amie, inquiètes de le savoir sous l’influence d’un gourou, veulent à tout prix le faire revenir à la raison.

Désespérées, elles finissent par demander de l’aide à Pa’ Djéli, le meilleur féticheur de la ville.

L’homme est retrouvé mort quelques jours plus tard, des épines de porc-épic plantées dans le coeœur.

Jules, le brigadier chargé de l’enquête, nous entraîne alors dans le Dakar des trafics et des gargotes où se retrouvent petits truands et musiciens capverdiens.

Bientôt plongé dans une intrigue où se mêlent politique, religion et croyances diverses, Jules part à la recherche de Ken Bugul, une jeune mendiante muette à la beauté stupéfiante.

 

 

Hivernage :

Dakar pendant l’hivernage.

La chaleur est accablante et tout le monde vit au ralenti. Quand la pluie tombe, soudaine, vigoureuse et bienfaisante, la ville se réveille et les enfants sautent dans les flaques.

C’est au cours de ces jeux que l’un d’entre eux fait une découverte étrange dans le caniveau: un sexe d’homme sanguinolent !

L’hilarité se mêle à la gêne et au dégoût mais les enfants finissent par prévenir le commissaire Jules-Souleymane Faye.

Celui-ci ouvre une enquête qui le mènera de Dakar à Louga, non loin des régions de Peuls nomades.

En chemin il croisera Léocady, la belle métisse, artiste libre et affranchie de tous les préjugés, son amant Bokar, jeune provincial devenu rédacteur en chef d’un grand quotidien local, et Mariama, mariée à un homme parti travailler sur les chantiers en Europe.

Loin de la grande métropole, Jules-Souleymane va découvrir une autre réalité de son pays.)

 

Filmographie :

Just like Eddie

Il Maestro

Seven women, seven sins

Ninki Nanka le Prince de Colobane

Y a pas de problème

Paris-Berlin Cinéma

Ciné-Venise, La Mostra

Sur les traces des mangeurs de coquillages

Ndiaga Mbaye le maitre de la parole

Saudade à Dakar

Samba Diabaré Samb, legardien du Temple

Yandé Codou Sène, Diva séereer

 

 

Ou la retrouver :

http://www.laurencegavron.com/

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Art as a development factor.
الفن كعامل من عوامل التنمية.
El arte como factor de desarrollo.
विकास के कारक के रूप में कला.
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