Hot! Luce Perez- Tejedor – Ce sale hasard qu’est la vie

Luce Perez- Tejedor – Ce sale hasard qu’est la vie

 

J’ai rencontré Luce, un après- midi d’avril à la Boite à Idée. L’auteure, en pleine promo de son premier roman intitulé « Ce sale hasard qu’est la vie » , publié chez les éditions Le Pas d’oiseau, m’avait contactée pour me convier au vernissage littéraire lié à la sortie du livre. Malheureusement je n’avais pu me rendre à l’évènement, aussi j’avais proposé à Luce de me retrouver le lendemain à la Boite à Idée pour échanger autour de son œuvre et de ses débuts d’écrivain …

 

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Luce Perez-Tejedor 
« Je m’appelle Luce, j’ai eu 32 ans cette année. Je vis à Dakar depuis juillet et avant ça je vivais en Haiti à Port au Prince. Je ne vis pas de ma plume, donc je travaille aussi dans la micro-assurance. J’écris depuis toujours. Depuis que j’ai sept ans, je gribouille des histoires.

J’ai plus sérieusement commencé à écrire en 2010, de la littérature de jeunesse. J’ai commencé par écrire des livres pour enfants. C’était ce qui me semblait le plus proche de moi, le plus épanouissant à ce moment-là. J’ai écrit deux livres pour enfants avant d’écrire ce premier roman.
Il y ’a trois ans, je me suis cassé le pied. Je suis tombée dans une rigole à Port au Prince. Là-bas, elles font un mètre de profondeur ! Durant mon immobilisation, je me suis remise à lire énormément. J’ai renoué avec des œuvres qui m’ont vraiment marquée. Romain Gary est un mentor pour moi. La petite citation d’introduction du livre est de lui, de son roman « Chien Blanc », qui aborde la question du racisme aux Etats-Unis dans les années 1960. Durant trois mois, j’ai lu dans mon petit appart sous 40 degrés avec mon plâtre et mes béquilles … Petit à petit est née l’idée de ce roman Ce sale hasard qu’est la vie ! C’est marrant parce que je n’ai pas tout à fait coupé avec la littérature de jeunesse, ce roman est porté par une voix d’enfant. C’est une petite fille de onze ans qui raconte l’histoire. Là, je suis en train d’écrire mon deuxième roman, qui cette fois est porté par des voix d’adultes. Je vois un cheminement qui se dessine petit à petit. »

Etre un écrivain ?
« Je me définis aujourd’hui comme un écrivain. Je me suis souvent posée la question : à quel moment on est écrivain ? Est-ce que c’est quand tu écris ? Est ce quand tu aboutis une œuvre ? Ou est ce que c’est après avoir été édité ?
Pour moi, j’étais écrivain bien avant d’être éditée. La pratique de l’écriture est dans ma vie. Je travaille beaucoup… Ce roman, c’est deux ans de travail. Deux années, où tu dois écrire tous les jours. Tu t’attaques à la page blanche et tu bosses. C’est un peu cliché mais c’est vrai. Je ne me sens pas bien si je n’ai pas un projet d’écriture en cours. J’en ai besoin, ça me porte, ça me nourrit… »

Luce de passage à la Boite A Idee

Pourquoi s’attaquer à un sujet pareil ? ( C’est un contexte historique et géo-politique très dur !)
« C’est une fiction inspirée d’une réalité à laquelle j’ai pu être confrontée très jeune à travers l’histoire de ma famille, portugaise d’origine, qui a fui le Portugal sous la dictature de Salazar, et qui a été confrontée au racisme en France dans les années 60, malgré la volonté d’accueil.
Quand je me suis intéressée à ce sujet, je n’ai trouvé que très peu de littérature. Ça m’a confortée dans mon envie d’écrire sur ce sujet, pour donner une voix à ces immigrés d’après-guerre, mais pas seulement. À l’époque actuelle, ça reste un sujet d’actualité. On présente aujourd’hui la question de l’immigration et de la discrimination comme si c’était une première sauf que le racisme existe depuis malheureusement des décennies. On répète les mêmes erreurs.»

 

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Pourquoi une petite fille ?
« C’était assez douloureux comme processus d’écriture. L’ histoire est racontée par une enfant sans être anodine. La perception de l’enfant est très brute et belle. Je voulais que cette enfant transmette une certaine dureté sans qu’on tombe dans le pathos. Je ne voulais pas porter de jugement… Après, cette petite fille, ce n’est pas moi. »

Durant l’écriture, n’y a t-il pas eu des moments difficiles ?
« Les gens qui se sont livrés à moi et qui m’ont aidé à assembler tous ces bouts d’histoire ont eu du mal à en parler. Il y ’avait une grande souffrance dans leur passé. Petit à petit, je me suis rendue compte que j’écrivais sur un sujet emblématique de toute une génération d’immigrés. »

Dans ce processus d’écriture, y’a ’t-il des choses qui t’ont influencée ?
« Oui, étant donné que c’était mon premier roman, j’ai lu beaucoup de journaux d’écrivains. J’en ai eu besoin, ces écrivains ont été comme mes coachs. Je me suis sentie moins seule dans ce processus d’écriture, qui est très long. C’est un travail de longue haleine. Je pense notamment à Dany Laferrière qui est l’un de mes mentors littéraires. C’est un auteur haïtien que j’adore. Il a écrit notamment « Journal d’un écrivain en pyjama ». Ça a été ma « bible » , mon manuel de chevet. J’ai suivi beaucoup de ses conseils. Romain Gary m’a aussi beaucoup influencée. »

Est-ce que c’est un conseil que tu donnerais aux jeunes auteurs ?

« Lire, oui, parce que rien ne se perd, tout se transforme. C’est en se nourrissant qu’on peut ressortir quelque chose… Après, chaque écrivain a sa méthode. Il faut lire un maximum et se servir des leçons des grands. »

Si tu étais une œuvre, qu’est- ce que tu serais ?
« Une peinture de Miro. Il a un langage visuel qui me touche. »

As- tu eu le temps de découvrir des œuvres d’auteurs sénégalais ?
« A côté de l’écriture, je collabore avec les Editions et Diffusion Athéna, une maison d’édition installée à Dakar qui promeut les auteurs sénégalais. J’ai lu pas mal d’œuvres d’auteurs sénégalais, notamment Djiamil Ciss, un slameur ; Semou Mama Diop qui a écrit sur les femmes de Nder ; Massamba Guèye, un conteur engagé. J’ai aussi lu « L’aventure ambiguë » de Cheikh Hamidou Kane. Après au niveau musical, j’adore Sahad and the Nataal Patchwork. Je trouve la littérature africaine très riche. Elle transmet beaucoup d’énergie. En Europe, il y ’a une certaine aigritude. D’arriver en Afrique fait du bien. Il y ’a une vitalité qui se transmet. »

Où te vois- tu dans cinq ans ?
« Je me vois ne plus travailler, vivre de ma plume , sans devenir une auteure commerciale pour autant. J’espère que je serais à 100% dans l’écriture… C’est compliqué de travailler à temps plein et d’écrire à côté… C’est une question existentielle qu’il faut que je me pose et que je résolve. Comment arriver à ce que ce soit soutenable ? »

 

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Retrouver le roman : Ce sale hasard qu’est la vie.

la maison d’édition – le pas d’oiseaux
Livre disponible à la Fnac
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