Hot! Moulaye WAM

 

 

Il est difficile pour moi d’écrire sur cet artiste. Il est difficile d’être objectif, quand on parle d’un ami, d’un frère d’arme, de ce jeune que je vois  souvent et avec qui je partages le quotidien d’une vie dakaroise pas comme les autres.

Moulaye, c’est le nom de cette plume, que j’ai rencontré il y’a quelques temps de ça. Moulaye est un jeune Sénégalais, qui vit entre la France et le Sénégal depuis l’enfance. L’artiste est un homme de caractère, mais c’est aussi un homme sûr. Du haut de son mètre quatre-vingt, il parcoure le monde avec sagacité, finesse d’esprit vous diront les gens. Un héritage de ses ainés surement.  Moulaye incarne aussi la gentillesse et la générosité, l’affection de ses mères. Une vie hors normes, une histoire en cours d’écriture mais qui ne manquera pas de nous surprendre…

Au bureau, durant la semaine de lancement de la Gifle, premier projet musicale monté en coproduction. Je prends mon dictaphone, et j’enregistre l’instant. Moulaye est à ma droite. Des questions restent sans réponse. Je me lance… Qui es-tu ?

«  Jeune dans mon corps, vieux dans ma tête et Hermite dans mon cœur. Ouvert musicalement et de plus en plus exigeant. »

Le jeune mc rencontre l’Ecriture, durant son adolescence. Exutoire, elle devient son ami et son médium favoris. Il couche sur le papier la moindre idée, rime, ou punch line qui lui vient à l’esprit. La Musique quant à elle, est une liberté pour l’artiste. « Un moyen d’expression et non un moyen d’exister. » Pourquoi ce médium Moulaye, tu aurais pu faire un autre choix.

« Faudrait demander à la musique pourquoi Moi. J’ai essayé de ne plus m’intéresser à la musique… Mais, j’ai pas pu.»

Le bureau continue de s’agiter autour de nous. Je questionne l’artiste sur ses projets musicaux pour les années à venir. «  Je n’ai pas les moyens de ma politique, j’ai envie de faire énormément de choses  mais euh… »

« Moi président, je donnerais au Sénégal un train, dit-il en rigolant. Plus sérieusement Moulaye a plein d’idée en tête, mais pour l’instant le système D, ne lui permet pas de se réaliser pleinement. Encore une fois, les rouages étatiques, si je peux dire ça, sont trop pauvres. Peu d’artistes sont soutenus, peu reçoivent des fonds d’aide, ou des subventions… Le problème est encore le même, Etre artiste ce n’est pas un métier dans ce pays. Ailleurs, les sponsors, les mécènes, les entreprises, les ministères soutiennent les artistes… La réalité de la vie, ici, fait que le peuple a d’autres préoccupations, et soucis au quotidien que d’aller voir un film, lire un livre ou écouter un cd.

Pour l’artiste, l’argent est un moyen de réaliser certaines choses. La finalité, pour le jeune mc, est de rendre sa maman heureuse, et rendre à sa famille, tout ce qu’elle lui a donné. Quand  il était enfant, Moulaye voulait faire de la politique, faire l’ENA. Il essaye de rentrer à Sciences PO, école supérieure, qui forme tous les grands hommes politiques en France. Au moment, où il y arrive. Moulaye prend une autre voie. La politique, il ne veut plus en faire. Il rentre finalement en finance et poursuit aujourd’hui son cursus en démarrant une 4ième année.

Différentes conversations s’enchainent. Les amis, et collègues s’agitent. Ca me distrait.

 

 

Moulaye fait du marketing et du management. Dans le cadre du label, Wakh art Music, qu’il préside, sa formation, est en adéquation avec la musique. L’artiste ajoute que même s’il travaillait dans une banque, il continuerait la musique.

S’il était un son, Moulaye serait, 15 ans en arrière de Youssoupha. Même si Moulaye n’a pas le vécu de l’artiste, il se retrouve complétement dans ce son. Lui aussi, écrit de plus longtemps.

«  Les gens ne savent pas, mais mes frères savent que ce qui se passe. Même si aux yeux du monde, je n’existe pas. »

Il se souvient de son premier texte, qu’il cite… « Artiste à la rime farouche, Dangereux ce qui sort de ma bouche. Je refuse de rester sur la touche. Fierté dans mes gènes, jusqu’à mes cellules souches… c’est de l’or, c’est de la poudre, ce que je touche. » Moulaye avait 15 ans à l’époque. Il est toujours le même. Mais son égo a diminué.

« En France ce n’est pas pareille. J’aurais pu croiser Booba et lui dire t’es trop nul. »

Il ajoute volontiers qu’il y ‘avait beaucoup d’ignorance dans ces textes, il était jeune et con, comme dit la chanson. Mais sa plume était plus pure. « Ça aurait pu être du slam. Pour que ce soit du rap, y’a un autre travail d’accessibilité à faire. »

Le premier projet, qu’il vient de sortir, le Maxi La Gifle, est une coproduction entre son label et celui de l’artiste comorien, JetCn Balacier avec qui Moulaye pause. C’était un beau projet, mais l’artiste a envie de revenir à ses valeurs musicales. Quelque chose, qui lui ressemble plus. Son projet solo en préparation dans le cas présent.

« J’ai toujours eu des problèmes avec le faite de paraitre trop jeune textuellement. Ca fait puéril en fait. Les gens qui vont me rencontrer après la Gifle, ne vont pas me reconnaitre. Mais j’apprends, j’apprends. Après le reste euh… voilà… Dans mon projet, j’essaierais de montrer plus ma couleur. »

Un des artistes que Moulaye  respect et avec qui, il se retrouve dans l’écriture, c’est Youssoupha. Il y’a aussi des artistes, qu’il rejette mais qui l’influence, comme La Fouine. Le jeune mc a beaucoup écouté des groupes comme IAM, des artistes comme Akhenaton ou Soprano. C’est toute la génération de rappeurs trentenaires, qui perdurent encore aujourd’hui. « Je suis un peu un patch. » avoue-t-il.

« J’ai envie que les gens sachent que je suis là. Après qu’ils m’aiment ou pas. Ce n’est pas grave. Avoir un public, c’est l’essentiel, tant qu’il me renvoi ce que je mets dans la musique… »

Moulaye remercie le ciel d’avoir des parents qui le soutiennent. Pour l’instant il n’a pas besoin de recevoir de cachet. Il ne fait pas de la musique pour ça.

Et la religion dans tout ça ? Dans un pays ou la religion encadre la société, c’est un sujet incontournable. Comment la musique et la religion s’entendent ? Des artistes, comme Bideew Bou Bess, ont réussi  le pari. Ils chantent et acclament le ciel sur des fonds musicaux à couleur Hiphop ou des morceaux à sonorités africaines, grâce aux percussions et instruments plus traditionnels. Moulaye vit très bien sa religion et sa passion. C’est un jeune musulman croyant, et pratiquant. L’un n’empêche pas l’autre. La discussion se poursuit… Les pratiques mystiques, auxquels s’attachent certains sénégalais, n’intéressent pas vraiment Moulaye, il se dit au-dessus de tout ça, même si c’est une réalité dans ce pays.

Une autre réalité, nous plonge dans un grand débat, l’équipe donne  son avis sur le sujet.  L’artiste quant à lui, déplore l’inexistence d’un marché musicale au Sénégal. En effet, plus j’avance dans cet univers parallèle qu’est la musique, plus je me rends compte qu’il y’a un gros problème de ce côté-là. Pas de distribution, des droits, certes, mais que personne ne respecte finalement. Comment calculer les ventes des artistes ? Comment font les maisons de discs ?

Et le Sénégal dans tout ça ? Le Sénégal, pour Moulaye est une grande bouffée d’air frais. Entouré de sa famille, et de quelques amis, Moulaye  se sent bien ici. Ça fait deux ans qu’il est rentré au pays. «  J’ai beaucoup retrouvé des valeurs. De l’ambition. » Il développe. La jeunesse africaine aura toujours beaucoup d’ambitions, car elle a une volonté : s’en sortir.

«  C’est comme le garçon qui vend des sothious, (bâtons de bois, communément utilisé pour se nettoyer les dents.) Il gagne sa vie avec des morceaux de bois vendus à 25 cents l’unité. Personne peut avoir autant envie de s’en sortir que lui. »

Cette année, Moulaye aimerait partir un an, afin de terminer son cursus scolaire et trouver des contacts et des marchés pour le label Wakh Art Music, et promouvoir sa mixtape qui devrait sortir dans le même temps. Moulaye a toujours eu des idées, des projets. Souhaitons-lui de les mener à bien.

Dans le même temps, nous sommes interrompus par l’équipe technique du label. Le cd était à la presse et nous avions quelques problèmes techniques avec le partenaire, qui s’occupait de ça. Moulaye essayait de résoudre la situation. Je sentais que son interlocuteur l’énervait. Ça me mettait dans une rage intérieure incroyable. C’était la 5ième interruption  durant  cette  interview. La Situation se régla peu à peu. Les esprits se calmèrent un moment et l’interview repris. Le téléphone Sonna… Le réalisateur du clip à l’autre bout du combiné. Des questions de label, de plan etc…

C’est sure ses mots que notre échange prend fin. En attendant, vous pouvez retrouver Moulaye sur Reverbnation, Youtube, et Facebook…

 

« Il a les bases pour devenir l’Artiste… Artiste avec un grand A, j’ai  vu en lui quelques choses qu’il ignore encore aujourd’hui, le talent. Mon but  est de le pousser. De mettre en avant ce talent. De lui montrer qu’il est différent. Qu’il ne faut pas qu’il rentre dans les rangs. Qu’il ose être celui qu’il est vraiment. Un souhait : que son talent soit connu et compris par ce monde qui l’entoure… » Akya Sy

 Niggas in dk: le clip: 

 

 

 

 

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