Retour sur la Nuit des Idées

Retour sur la Nuit des Idées 

Le 26 Janvier dernier eu lieu la Nuit des Idées. Un événement international initié par le réseau Institut français. A Dakar et à travers le monde, des citoyens se sont réunis et ont échangé sur différentes thématiques.

 

Panélistes - Nuit des Idées

Photo de The Casual obs

A la Boite à Idées, la discussion s’est faite autour de la thématique  « l’art comme facteur de développement ». L’association Wakh’Art invite à la table de discussions, différents panélistes, professionnels de la culture, des médias, de la sociologie, de la finance et de l’entrepreneuriat autour de la question : « Et si nous vivions dans un état où la culture est  une priorité pour le gouvernement, quels seraient les impacts, l’innovations dans cette société ? »

Pour diriger les débats, le président de l’association Wakh’Art, Alpha-Ciré Kane, un expert en communication et marketing digitale.

Alpha C Kane

Photo de The Casual Obs

 

  • La Culture au service du développement, des exemples dans l’entreprenariat.

 

Intervention d’Abdoul Aziz .SY :

« Voici pour moi un exemple d’entreprise digitale, Nelam Services, dont la valeur ajoutée principale a été de se reposer sur une équipe de dessinateurs, très talentueux. Selon moi, c’est ce qu’elle propose de mieux, des visuels bien dessinés, très adaptés dans un contexte local où les gens ne savent pas lire et l’image est plus accessible. L’art dans cet exemple, a permis à Nelam Services de se différencier et d’avoir de bons marchés.

Aussi comme le Dr Fatou Sow le disait : « Un individu a deux fonctions dans une société, la première est de remettre en question les normes et la société dans laquelle il vit. La seconde fonction, c’est de s’y adapter quand même. » Si je prends en compte la société sénégalaise où la société africaine dans laquelle les entrepreneurs locaux dans leurs globalités évoluent ; je me rends compte, qu’ils ne font ni l’un ni l’autre…

Quand vous avez des modèles d’entreprenariats où de technologies qui viennent d’ailleurs et que vous essayez de les importer ici ; en ayant les « process » et que vous essayez de les faire fonctionner ici, selon moi, il y’a un problème. Il y’a un modèle culturel spécifique qui impacte l’entreprenariat, le business, la politique etc. Aujourd’hui on a beaucoup d’acteurs publics qui fonctionnent avec un modèle qui n’a vraiment aucune origine et aucun fondement dans la société dans laquelle on est. A l’inverse, ceux qui arrivent à faire ce travail-là, qui arrivent à comprendre de façon très profonde comment les sénégalais où les africains fonctionnent, s’en sortent très bien.

J’ai en exemple en tête, la société Niokobok, qui a fait une magnifique campagne à Paris, accès sur le car rapide « Carapide ». C’est une société de livraison. Ils l’ont fait tourner dans toute la ville. A la tête de cette entreprise, il y’a un français, quelqu’un qui est venu et a appris de la culture sénégalaise, qui a été charmé par plusieurs aspects de la culture sénégalaise et qui les a utilisés pour faire de l’argent.

Je pense que ça va être compliqué d’avoir en masses, de vrais success-stories, tant qu’on ne sera pas revenus vers des modèles comme ceux-là. »

Panélistes - Nuit des idées

photo de The Casual Obs

 

  • Le changement à travers l’éducation.

 

Intervention de Dr Fatou Sow :

« Dans nos sociétés, les Femmes sont supposées être les gardiennes de la tradition, des valeurs, et elles sont supposément en charges de l’éducation morale et sociale des enfants. Selon moi, au fond, l’éducation devrait concerner hommes et femmes. Au Sénégal, les femmes véhiculent des valeurs, qui sont paradoxalement des valeurs de soumissions. Elles se doivent d’être efficaces, modestes, transparentes, utiles mais en même temps elles doivent avoir de la pudeur. Je pense qu’on a besoin d’évoluer dans une société ou les hommes participent à l’éducation des enfants.

On se doit de dé-masculiniser les valeurs que les hommes incarnent dans la société. Ils doivent être grands, beaux, ceux sont des chefs, ils sont forts, ils donnent tous et s’occupent de tous. Il faut aider les femmes à ne pas transmettre ces valeurs. Il y’a un maternage des enfants, il faudrait aussi un paternage. Un homme ne devrait pas attendre que son enfant ait douze ans pour échanger avec lui. En même temps, il faut qu’expliquer aux femmes, qu’elles sont des individus, qu’elles peuvent être fortes, avoir de l’autonomie, qu’elles sont des êtres pensants et agissants. Il faudrait qu’elles puissent le reconnaître sans insulter tout le monde. »

 

Prise de note du public

photo de The Casual Obs

 

Alpha C Kane : « On voit que les choses évoluent tout de même… »

Dr Fatou Sow : « Toutes les sociétés évoluent et changent, elles bougent dans tous les sens. Notre société a beaucoup changé avec la colonisation. Il y’a 30 ans, 5 % de sénégalais parlaient français, aujourd’hui ils sont 30%. On vit dans une société où tous utilisent un téléphone portable comme un compte bancaire, alors que la majorité ne sait pas lire. Les sociétés changent mais elles gardent certaines valeurs de leur culture. Par exemple, j’aime quand les gens viennent chez moi et qu’ils me saluent. Je n’apprécie pas parce contre, le faite qu’ils saluent mon mari et ensuite se retourne vers moi, pour me jeter un regard, comme s’ils s’étaient souvenu que j’étais là…

Je trouve qu’aujourd’hui la société sénégalaise devient conservatrice. Il y’a beaucoup d’émissions religieuses, qui brident les esprits et s’attaquent aux femmes. Quand j’étais à l’université, le campus était laïc. Les femmes étaient plus libres, indépendantes. Les femmes portaient des pantalons… Aujourd’hui, il y’a des discours religieux sur le campus, des mosquées. Les jeunes filles sont en jeans mais elles gardent la tête couverte. Plus on avance, dans la modernité, on a une contre-influence et elle s’applique directement aux femmes.

Quand on raconte des histoires aux enfants, dans quel langue doit-on leur transmettre ?  Mes enfants veulent que je leur raconte l’histoire de Leuk le lièvre en wolof. Je sais pertinemment que je ne leur raconterais jamais cette histoire aussi bien que ma grand-mère le faisait. En quelle langue doit –on éduquer ? Les livres sont en français, une langue qui n’est pas parlé par la majorité. Je pense qu’il faut un encouragement à « en-culturer » la culture. Ce n’est pas seulement le travail des femmes. Mon mari est linguiste et il parle un wolof littéraire car il a grandi en région. C’est par la suite qu’il a appris le français. Moi j’ai grandi en parlant français mais j’ai dû réapprendre le wolof, car je ne maîtrisais pas les bases… Dans les jardins d’enfants, peut – être qu’au lieu d’apprendre aux enfants une langue qu’ils ne connaissent pas, on devrait leur apprendre les choses dans leur langue maternelle. »

Dr Fatou Sow

photo de the Casual Obs

 

  • Le financement des industries culturelles.

 

Intervention de Marakham Malick Madeira :

« Au Sénégal, il faut savoir qu’il y’a 94% de musulmans. Il faut également savoir que la finance islamique et la finance conventionnelle se ressemblent à 85 %. Les produits adaptés en finance conventionnelle découlent à la base de la pratique économique qui se faisait au Moyen-Orient à l’époque du Prophète Mohamed (Paix et salut sur lui). C’était juste des contrats du type Achats-Ventes. Aujourd’hui, la finance islamique se repose sur des biens tangibles et non spéculatif. Donc pour pouvoir vendre quelque chose, on doit le posséder. Aujourd’hui, suite à la crise mondiale, la finance islamique suscite l’intérêt de tous. Depuis 2011, la finance islamique se développe. Les pays développés se sont retournés vers le Moyen Orient.

On voit que la Banque islamique du Sénégal, depuis qu’elle a été rachetée par une entité de la Banque Islamique de développement, installé à Djedda, a fait en un an autant de profit qu’en vingt ans depuis sa création. Pourquoi ? Simplement parce que les gens s’y intéressent, parce qu’ils ont vulgarisé les procédures et qu’on leur a expliquées des principes simples. Tu as besoin d’argents, qu’est-ce que tu es prêt à mettre sur la table comme gage ? Qu’est-ce que tu veux ? Tant que c’est en accord avec les principes de la charia, on est prêt à te financer, si cela reste en accord sur l’offre et la demande.

 

Makharam Malick Madeira

Photo de The Casual Obs

 

Alpha Ciré Kane : « Qu’est-ce que vous vous pouvez apporter aux industries culturelles dans ce cadre ? »

Marakham Madeira : « De prime à bord, je suis resté perplexe sur cette question. Plus j’y pensais, plus je me disais en fait, que la culture et la finance, se rapprochent de plus en plus. Tu veux développer un art, une culture, au final on parle d’une industrie et toute industrie a besoin de financements pour éclore. Donc comme tous, il faut l’arroser, comme tous pour pouvoir arroser certains secteurs, il faut un appui financier.

Dans un idéale, il faudrait que tous les acteurs de la culture, de l’artisan à l’artiste, viennent avec un projet, et pose les choses de manière formelle. La finance intervient à partir du moment où l’état arrive à prendre la TVA. Cette taxe permet à l’état de produire son PIB. Une fois que l’état voit qu’il y’a un circuit par lequel il peut prendre de l’argent, c’est dans leur intérêt de financer l’activité qui génère cet argent. Si on arrive à faire passer les acteurs de la culture par le cheminement à travers lequel l’Etat peut les reconnaître et en gagner profit, on peut arriver à développer ces industries culturelles.»

 

le public - la nuit des idées

photo de The Casual Obs

 

Retrouver la totalité de la discussion:  La Nuit des Idées – VF- Wakh’Art

Cet évènement s’est réalisé avec la participation de: Dr Fatou Sow, Abdoul Aziz Sy, Oumy Sambou, Oumar Sall, Serign Malick Tall, Alpha Ciré Kane , Sira Ciss, Mamadou Diallo, Idrissa Diallo, Makharam Malick Madeira .

Prises d’images: The Casual Obs

 

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L'art comme facteur de développement.
Art as a development factor.
الفن كعامل من عوامل التنمية.
El arte como factor de desarrollo.
विकास के कारक के रूप में कला.
L'arte come un fattore di sviluppo.
艺术作为发展的因素。

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