Siselabonga

Siselabonga

 

Un après midi de Février, je recevais le groupe « Siselabonga » dans le jardin de la Boite à Idée. Arrivé la veille de Casamance où ils étaient en résidence d’écriture et de composition pendant plusieurs semaines,  Glauco, Tarang et Fabio étaient cette fois ci à Dakar, accompagnés de leurs instruments. C’est donc autour d’un thé, qu’ils partageaient avec moi l’histoire du groupe et leurs passions communes pour la musique avant d’improviser sur un morceau extraits de leur répertoire.

 

 

 

 

Alors fraîchement arrivée, d’où venez-vous ?

«Directement de Thiaroye où on est installé depuis plusieurs mois. Hier on est revenu de Casamance où on est resté plusieurs semaines. On voulait découvrir la région et être au calme, pour pouvoir travailler sur nos nouveaux morceaux. C’était important d’être au milieu de la nature pour pouvoir s’inspirer, respirer et répéter notre nouveau répertoire. On a tous les trois des idées, il fallait du temps pour pouvoir arranger tous çà.  A Ziguinchor, on a aussi visité la maison familiale de Tarang, qui est d’origine mandingue mais dont les parents et grands parents sont nés en Casamance… Et vous, d’où venez vous ? « Fabio est suisse et moi je suis italien mais j’ai aussi grandi en Suisse. » Wawe, c’est super ! J’imagine qu’on retrouve ces différentes influences dans votre musique ? « Oui on peut dire çà. Notre musique est un mélange de nos sentiments et de nos expériences. »

 

 

Comment vous êtes vous rencontré ?

Fabio : « J’ai rencontré ces grands frères Moussa et Sankoum Cissokho en Suisse. Il y’avait une chorale qui cherchait des instrumentistes africains pour jouer de la Kora et des percussions. C’était la première fois que je voyais jouer de ce type de harpe. J’étais très impressionné et touché par la Kora. Je savais jouer du djembé mais ca m’intéressait d’en apprendre plus sur la Kora. Les Frères Cissokho m’ont alors proposé de venir à Thiaroye pour apprendre à jouer de cet instrument. En effet, leur maison est comme une école, les vingt-deux enfants Cissokho jouent de la kora et du djembé.

Quand je suis arrivé à Thiaroye j’ai rencontré Tarang et il m’a donné des cours pendant plusieurs semaines. Je logeais alors à Malika et chaque jour je faisais des aller retour jusqu’à Thiaroye. Un jour, durant une agression, Tarang c’est blessé à la main, du coup il ne pouvait plus jouer de djembé. C’est à partir de ce moment là, qu’on s’est dit, qu’on pouvait intégrer d’autres instruments. Lui jouerait de la kora et moi des percussions. Après quelques semaines de pratiques, on a commencé à développer un répertoire. Peu de temps après on nous a invité en Afrique du Sud, dans le cadre d’un échange entre artistes africains et suisse. On a voyagé presque sept mois ensemble avec Tarang. Je n’avais jamais passé autant de temps avec quelqu’un, à jouer et à discuter.»

Tarang : «  Fabio m’a poussé pour jouer de la Kora, même si j’avais çà en moi mais je préférais les percussions. Il m’a offert une kora à cles métallique et m’a emmené avec lui en Afrique du Sud. Ce Voyage a tout débloqué. Je me suis vraiment développé en tant que Koriste. J’ai appris à jouer de la Kora avec d’autres musiciens, c’était très enrichissant. Après çà on est allé à Madagascar, et là-bas, on a rencontré Glauco. Depuis je n’arrive pas à jouer avec d’autres guitaristes. J’ai aimé sa voix, sa maitrise de la guitare, sa façon d’être juste,  vrai et originale !»

Glauco : « Le groupe s’est formé à Madagascar. On était dans un programme le Forest Jam. Dans la journée, on faisait des workshops pendant cinq ou six heures avec les musiciens du collectif (vingt musiciens venus d’Afrique du sud, du Sénégal, de Madagascar et de suisse.) Le soir avec Tarang et Fabio on continuait de jouer. On logeait dans la même chambre, donc on ne s’arrêtait pas avant  deux où trois heures du matin. Cet esprit de band est vraiment spécial. Je n’avais pas ressentie çà depuis longtemps. On vit ensemble pendant des mois. C’est rare de pouvoir être aussi fusionnel.»

 

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Le premier album est sorti en 2016, comment s’appelle t’il ?

Tarang : « Binta. Parce que c’est à cause d’une chanson que j’ai écris sur une jolie guinéenne dont je suis tombé amoureux. Chaque jour j’allais la voir et je ne me cachais pas. Je suis un artiste et j’exprimais clairement ce que je ressentais. Je passais beaucoup de temps avec elle. Son père s’est fâché et il m’a mit dehors. Binta avait peur de son père et j’ai compris qu’elle ne pouvait rien. Le premier album devait s’appeler Bou me Dioudo (Quand je suis né), mais on s’est dit que Binta serait plus accessible pour l’international et c’est aussi le nom de cette chanson, qui est l’un des morceaux phare de l’album. Il y’a six autres morceaux et un a capella. On a enregistré au studio de Baba Hamdy. »

Glauco : «  On a enregistré l’album en live, en deux jours. C’était assez intense. Les conditions étaient difficiles. On a perdu presque toute la première journée, parce qu’il y’avait des problèmes de techniques et de courant. On était vraiment découragé. On est retourné le deuxième jour et on a fait toutes les prises. Notre ingénieur son, Richard, nous a beaucoup aidé après dans le mixage et le mastering. C’est un ingénieur anglais, qui vit en suisse, un grand professionnel, qui a l’âge de mon père. Sans lui on aurait pas pu achever le projet.»

 

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Là vous travaillez sur ce nouveau projet, où en êtes-vous ?

Fabio : « Avec cet album a on changé les accords de la Kora. D’habitude pour nous, il n’y’a qu’un ou deux types d’accord, là on est allé à contre courant. Là, on a différents timbres. On a quasiment tous les morceaux, il manque juste les arrangements. On espère avoir le temps d’enregistrer en Suisse, lors de notre prochaine tournée. On espère le sortir en 2019. »

Glauco : « On a fait l’année dernière la premier tournée en suisse et quelques dates au Sénégal mais pour la prochaine tournée, on aimerait aller plus loin, pouvoir grossir notre réseaux. On espère aussi pouvoir pour le prochain album aller plus loin dans les arrangements, dans les collaborations. On joue en Mai & Juin en Italie et Suisse, ca va être aussi une autre vibe, une autre expérience. On espère recevoir un visa de trois mois pour pouvoir aussi aller en Suisse, refaire quelques dates. Les visas c’est la partie, la plus fatigante des tournées. Lors de notre dernière tournée, c’est 24h avant la première date, qu’on a réussi à avoir les visas. »

Tarang : «  On est allé partout, c’est dommage qu’à chaque fois, que les administrations posent des difficultés. Elles ne se basent pas sur les dossiers. Ca s’explique aussi à cause des autres artistes, qui ne sont pas sérieux et qui profitent des tournées pour fuir. C’est très fatigant de faire les procédures de visa. Il devrait savoir qu’on part pour venir. Je suis allé en chine, en Afrique du sud, à Madagascar etc mais pour aller en Europe c’est toujours des difficultés. Je n’ai pas envie de m’installer en Europe, chez moi je suis amené à devenir un Roi et je dois enseigner à mes frères, aux plus jeunes, donc je n’envisage pas de fuir. On veut pouvoir jouer partout. Notre musique est pour le monde. »

 

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Pour finir, avez-vous un conseil à donner aux plus jeunes ?

Glauco : «  Suivez vos cœurs. Inspirez vous mais ne perdez pas l’influence de vos cultures et pays. Il ne faut pas perdre son identité. »

Fabio : «  Pour moi c’est important que les artistes vont et viennent. Mais c’est aussi important que les artistes restent et partagent avec leurs frères, avec les plus jeunes. En Europe, la culture se perd. Il y’a beaucoup de racisme et de barrière. Je pense qu’en Afrique il y’a de la place pour le multiculturalisme. »

Tarang : « Ne perdez pas espoir, ne vous découragez pas. Etre artiste c’est difficile mais il faut y aller doucement et essayer de bien faire… »

 

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